Monsieur LEMAÎTRE Arthur

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Le vendredi 23 octobre 1942, à neuf heures et demie du soir s'éteignait à l'âge de 75 ans - dans l'accueillante maison de ses ancêtres - le Docteur Arthur LEMAITRE, MAIRE de BLANGY sur TERNOISE.

La Commune tout entière fut frappée de stupeur en apprenant ce triste dénouement auquel personne ne voulait croire.

Une cruelle maladie venait d'emporter en pleine connaissance ce robuste vieillard, ce fervent chrétien qui, conscient de son état, appela lui-même son Pasteur et reçut les Derniers Sacrements d'une manière profondément édifiante, entouré de Madame la Supérieure, des bonnes Soeurs de l'Hospice et de ses enfants éplorés.

Pendant les quatre jours qui suivirent, ce fut un défilé ininterrompu de tous les habitants, des amis, des clients et des personnalités régionales qui vinrent s'incliner avec émotion devant la dépouille mortelle du très regretté Docteur et prier pour le repos de son Ame.

Le journal LE TÉLÉGRAMME, dans son numéro du 27 octobre publiait la photo du défunt et l'article nécrologique que nous reproduisons ci-après :

Le docteur LEMAITRE est mort

Une bien pénible nouvelle a serré les coeurs samedi matin non seulement à Blangy mais dans tout la région où l'on a appris, avec une indicible émotion, la mort, survenue la veille au soir, du bon Docteur LEMAITRE, ravi à l'affection de ses enfants après quelques jours seulement de maladie.

Aussi empressé à prodiguer ses soins éclairés aux autres qu'à négliger sa propre santé, le Docteur LEMAITRE a, en effet, exercé sa bienfaisante mission juqu'à l'extrême limite de ses forces. Quelques jours avant sa mort, il se pratiquait lui-même une saignée, après quoi il se faisait conduire auprès de ses malades... Grave imprudence que lui repochèrent véhémentement ses confrères et qui devait hâterle dénouement fatal.

Ses derniers instants furent particulièrement édifiants. En pleine connaissance, il faisait ses ultimes recommandations à ses enfants et leur recommandait de prier pour lui... Cela, une minute avant de rendre le dernier soupir.

La fin de cet homme de bien a été digne de son existence consacrée entièrement au service de son prochain puisque, pendant plus d'un demi-siècle, le Docteur LEMAITRE a parcouru inlassablement nos campagnes, apportant à ceux qui souffraient, non seulement le secours de sa science éprouvée, mais le réconfort de son amitié précieuse et de ces hauts sentiments chrétiens qu'il manifestait crânement, sans forfanterie, mais avec une conviction profonde et communicative, en toutes circonstances.

Dans les oraisons funèbres, notamment, qu'il devait prononcer sur la tombe de personnalités marquantes, de victimes du travail ou de la guerre - et où il excellait - le Docteur LEMAITRE savait exprimer avec tact les sentiments de l'assistance et donner à la famille éprouvée l'espérance du REVOIR par lequel il terminait toujours ses discours.

Né le 20 mars 1866, à Bayenghem, près de Lumbres, M. Arthur LEMAITRE, élève studieux de la faculté de médecine, conquit brillamment ses diplômes et épousa, à Blangy, Mlle GILLIOCQ, fille du Docteur dont il devait prendre la succession en 1891.

Avec une clairvoyance qui ne trompe pas, les électeurs de la commune l'envoyèrent bientôt siéger au Conseil Municipal et c'est fort judicieusement que, bien avant la guerre de 1914, l'Assemblée Communale le plaça à sa tête comme Maire.

Tout le monde sait que, s'il avait voulu céder aux sollicitations pressantes de ses innombrales amis, M. le Docteur LEMAITRE aurait été élu avec de flatteuses majorités à des postes plus en vue sur le terran politique, dans le cadre de l'Arrondissement.

Mais sa modestie proverbiale ne pouvait s'accommoder des honneurs de ce monde. C'est pourquoi nous ne citerons, que pour mémoire, les distinctions honorifiques cent fois méritées qui lui furent accordées : il était à la fois Délégué cantonal, Officier d'académie, Médaillé de l'Assistance Publique, chevalier du Mérite agricole.

Fondateur et Président de la Subdivision des Sapeurs-Pompiers, Président de la Fanfare, Président de la Mutuelle Agricole locale, Membre d'honneur de la Société des Anciens Combattants et de l'Union Sportive de Blangy, le Docteur LEMAITRE, sur le plan corporatif, était l'un des membres les plus anciens et les plus écoutés du Syndicat des Médecins, où ses sages avis et conseils faisaient autorité auprès de ses confrères respectueux et empressés.

Que dire du Père de famille qui, cruellement séparé, dans la fleur de l'âge, d'une digne épouse tendrement aimée, suppléa avec un dévouement incomparable à l'affection maternelle dont étaient privés ses chers enfants, à qui il procura à la fois, l'éducation, l'instruction et une situation honorable.

Mademoiselle Marguerite LEMAITRE, qui remplaça sa Maman avec une abnégation méritant les plus vifs éloges, et ses frères, Messieurs Alexandre et Gustave LEMAITRE, étroitement unis - comme il les a voulus toute sa vie - autour de la dépouille mortelle de leur bien-aimé Père, peuvent être fiers de celui qu'ils pleurent et qui laisse d'unanimes et sincères regrets dans toute la région.

Le "Télégramme" les prie d'agréer, ainsi que toute leur famille, ses sentiments sincères et respectueuses condoléances.

Les obsèques de M. le Docteur LEMAITRE auront lieu mercredi, 28 octobre, à midi (heure officielle), en l'église de Blangy.

On peut dire d'avance qu'elles seront une émouvante et unanime manifestation de reconnaissance envers le très regretté disparu.


Voici en quelques termes le "Télégramme", du 31 Octobre 1942, publiait le compte rendu de ces obsèques inoubliables.

Bravant le temps exécrable, les amis du Docteur LEMAITRE sont accourus de vingt communes et plus, d'Amiens même, où un autocar avait été frêté, pour se joindre à toute la population de Blangy, et faire au cher défunt des obsèques extrêmement émouvantes, telles, assurément, qu'on n'en vît jamais dans la paroisse.

Il était plus de midi lorsque M. l'abbé DUPONCHEL, accompagné de MM. les Curés de Fillièvres et d'Érin, dût se frayer un passage à travers la foule pour pénétrer dans la chapelle ardente, monumentale corbeille de fleurs naturelles et y procéder à la levée du corps.

Sous la pluie battante, le cortège s'organisa : derrière les enfants de choeur et les chandelles, la Croix était portée par M. César BRACQUART et le Credo par M. Emmanuel DELBE. Venaient ensuite les porteurs des innombrables gerbes et couronnes, puis des délégations de la Musiue et des Anciens Combattants, conduites par MM. SALOMEet LEFEBVRE.

De chaque côté du corbillard, les Sapeurs-Pompiers casqués, montaient une garde d'honneur dirigées par le Lieutenant FARSY. Les coins du poêle étaient tenus par MM. les Docteurs TESTU, CARRETTE, GAMBLIS, THIRAUT et M. LEDOUX, Conseiller Général.

Venaient ensuite M. DELABY, adjoint au Maire, le Conseil Municipal au complet, Madame la Supérieure de l'Hospice Sainte Berthe et sa communauté.

Le deuil était conduit par MM, et Mmes Alexandre et Gustave LEMAITRE, Mlle Marguerite LEMAITRE et les petits-enfants du Docteur LEMAITRE.

Suivait une foule innombrable, parmi laquelle on remarquait tous les Maires et les élus de la région, les confrères du Docteur, ses clients et toutes les personnalités des environs.

À l'église, M. le Chanoine DECROOS, Curé Doyen d'Auchy-les-Hesdin, assistait au choeur et les chants furent éxécutés par la Chorale paroissiale avec M. DUQUENNE, chantre et Mlle CARIDROIT, organiste.

Avant l'absoute, donnée par M. l'Abbé GUERLET, Curé de Fillièvres, M. l'Abbé DUPONCHEL monta en chaire pour y prononcer un délicat et émouvant hommage de M. le Docteur LEMAITRE.

Au Cimetière, M. FLAHAUT, secrétaire de Mairie, au nom de M. DELABY, Adjoint, fit un virant éloge du sage administrateur à qui il exprima la gratitude du Conseil municipal et de la Commune tout entière.

M. le Docteur CARRETTE parlant en tant que représentant du corps médical, exprima, en termes partant du coeur, la peine ressentie par tous les médecins de la région et nottamment par le Syndicat.

Enfin, M. le Lieutenant FARSY adressa un dernier adieu au défunt, au nom de la Subdivision des Sapeurs-Pompiers.

Après quoi la famille reçut les condoléances à la sortie du cimetière.


Allocution proncé aux Funérailles de M. le Docteur LEMAITRE par M. l'Abbé DUPONCHEL, Curé de la Paroisse

Mes frères,
Avant de terminer cette cérémonie, je tiens, en votre om à tous et en mon nom personnel, comme Pasteur de cette Paroisse, à saluer la mémoire de notre bon Docteur, décédé à Blangy, vendredi soir, administré des Sacrements de notre Mère la Sainte-Église.

L'Église, mes Frères, répouve l'éloge funèbre de ses enfants à qui elle rend les honneurs religieux.

Tout en nous conformant à cette sage discipline, elle nous autorise, toutefois, à recueillir les leçons qui contient la dépouille mortelle de l'homme d'honneur, de droiture, de justice, de dévouement inlassable à l'endroit de ses chers malades que fut le Docteur LEMAITRE.

Tendrement aimé des ses enfants parce que bon Père, nénéré et respecté de ses administrés parce que bon Maire - une voix plus autorisée que la mienne vous le dira tout à l'heure - toujours hanté par cet affreux cauchemar de sa Patrie vaincue parce que bon Français, réclamant lui-même le Prêtre bien avant sa mort, pour se mettre en règle avec son Dieu, parce que bon Chrétien.

Oui ! grandes et réconfortantes leàons que nous puisons près du cercueil du Docteur LEMAITRE.

Éloge funèbre, mes Frères ?... Mais, la très nombreuse assistance qui déborde de cette Église, assistance qui déborde de cette Église, assistance à la dépouille mortelle du Docteur LEMAITRE apporte à sa mémoire un hommage qu'aucune parole ne saurait égaler.

Par sa qualité de droiture, de bonté, d'intelligence, l'homme, en Monsieur LEMAITRE, faisait honneur à Blangy qu'il aimait comme sa petite Patrie et il savait que Blangy le lui rendait.

Et puis, voyez-le comme Médecin...

Cette vie trépidante de Médecin de campagne où l'on ne s'appartient pas, toujours talonné par une besogne sans cesse renouvelée, vie où il faut tant de dévouement et d'abnégation c'est dans le don total de soi-même que le Docteur LEMAITRE l'accompaplira pendant plus de cinquante ans, et le jour et la nuit, bravant toutes les intempéries, et cela dans plus de vingt villages de la région, apportant à ses malades le réconfort de sa présence, du mot optimiste et consolant qui fait du bien, son diagnostic prompt et sûr, avec une simplicité et une bonhomie qui resteront légendaires parmi vous.

Médecin dans toute l'acception du terme, il le fut jusqu'à la fin : Mortellement frappé et n'en pouvant plus... plus malade que ses malades, alors que de sages conseils de prudence lui étaient prodigués, dans un suprême effort il se fit conduire chez plusieurs de ses malades, soit ici, soit ailleurs, qui réclamaient ses soins... à Incourt... à Tilly-Capelle, près d'un enfant grièvement brûlé.

N'est-ce pas édifiant ? Pour ne pas dire héroïque ! Car, après tout, donner ou risquer sa vie pour son prochain, qu'est-ce donc, sinon de l'héroïsme ?... ou ce mot n'a plus de sens !

Ici encore le Docteur LEMAITRE fit honneur au corps médical dont il fut, du reste, le conseiller toujours consulté et écouté.

Nous le pleurons aujourd'hui, avec son honorable famille justement fière de lui, si tendrement aimée de lui et à laquelle, dans le peu de temps qu'il pouvait lui consacrer , il savait faire éprouver toutes les délicatesses et les richesses de son coeur.

C'est à son cher entourage, à sa fille, Mlle Marguerite d'abord, qui a fait de la maison de son vénérable Père, son oeuvre de piété filiale. C'est à ses autres enfants, M. et Mme Alexandre, M. et Mme Gustave, à ses petits-enfants : Nicole, Roseline, Danielle et Jean, qu'en votre nom à tousn paroissiens de Blangy, au nom des Sociétés constituées dont il fut le fondateur ou le Président d'honneur ; c'est au nom des Religieuses et des Vieillards de de l'Hospice Sainte-Berthe, dont il fut le médecin trainant depuis la fondation de cette maison ; c'est au nom de tous que j'adresse à la famille l'expression de notre respectueuse sympathie et de nos pieuses condoléances.

Puissent ces marques de fidèle souvenir de toute une paroisse, je devrais dire, de toute une région, apporter un peu de baume à la douleur de ceux qui le pleurent et en atténuer l'amertume.

Issu d'une famille chrétienne, ancien élève du Collège Saint-Bertin, de Saint-Omer, M. LEMAITRE gardait fidélité au drapeau de sa Foi qui avait guidé son enfance, son adolescence, sa vie tout entière.

Ce drapeau, il ne l'a jamais perdu de vue. Tous ses discours s'en inspiraient. Il pouvait redire crânement, comme plusieurs qui l'avaient précédé ou suivi dans cette Institution qui s'honore aujourd'hui de compter parmi ses Anciens Élèves un Maréchal de France, Chef de l'État :

<O Mon Drapeau, le lâche t'abandonne
Mais moi je t'aime et garde mon serment
C'est toi quif ais ma force et ma couronne
A toi mon coeur, ma parole et mon sang !

Cette Foi, il était fier de l'afficher toujours et partout : l'année dernière, en particulier l'Évêque, il venait dans ce sanctuaire de Sainte-Berthe, consacrer sa commune au Divin Coeur de Jésus et quand, appelé par ses fonctions Municipales comme Maire d'une notabilité civile, religieuse ou militaire, c'est toujours avec une délicatesse exquise qu'il faisait allusion à un Monde meilleur.

À notre tour, mes Frères, prions le Maître de nos destinées d'accueillir dans son Paradis cet homme juste et bon que fût le Docteur LEMAITRE, maire de Blangy.

Ainsi soit-il


Discours de M. DELABY

Adjoint au Maire de Blangy

C'est au nom du Conseil Municipal et de toute la population de Blangy-sur-Ternoise, dont il fut le Maire dévoué, un de ceux qui lui firent le plus honneur, que je viens saluer la dépouille mortelle de Monsieur le Docteur LEMAITRE.

Depuis plusieurs mois, la santé de M. LEMAITRE nous causait quelques inquiétudes. Ily a trois semaines, la maladie dont il était atteint s'aggrave et il s'est éteint, le 23 octobre, entouré de ses enfants, après de pénibles souffrances.

Fatigué et usé dans sa santé par l'excès de son labeur, la vie du Docteur LEMAITRE fut une existence toute de travail, de probité et de dévouement aux affaires publiques et à sa belle clientèle de malades.

Né à Bayenghem, en 1867, il y passa toute sa jeunesse jusqu'au jour où il fut appelé à faire de solides études secondaires suivies ensuite d'études médicales.

Il conquit son diplôme de médecin et vint s'installer, en 1891, à Blangy-sur-Ternoise. Il s'y maria et succéda à son beau-père, le Docteur GILLIOCQ.

Son activité, son dévouement lui acquirent rapidement l'estime et la sympathie de la population et il fut appelé à siéger au Conseil Municipal en 1892.

Conseiller municipal pendant cinquante années, Maire pendant vingt-quatre années, il a profondément honoré la représentation de cette commune et a mis tout son coeur dans l'accomplissement de ses diverses fonctions.

Maire remarquable et modeste, administrateur sage et compétent au jugement solide, il a contrbué, grâce à ses nombreuses qualités, à la prospérité de la commune qui lui avait accordé sa confiance.

On a aujourd'hui le droit de dire qu'il a été un grand serviteur de sa Commune et le devoir de s'incliner respectueusement devant sa tombe.

Délégué cantonal, Officier d'Académie, Chevalier du Mérite agricole, Médaillé de l'Assistance Publique, ses qualités, ses mérites avaient été reconnus par les pouvoirs publics.

Trois mots peuvent caractériser la vie du Docteur LEMAITRE : Devoir, Charité, Famille.

Nous avons parlé de la haute notion du devoir qui avait domuné toute sa vie. Maire pendant les deux guerres, il était patriote dans le fond de son âme et, dans toute l'acception du terme : un bon Français.

Il donna, durant les deux guerres, le meilleur de son temps et le meilleur de son coeur, pour soulager les infortunes.

Sa charité, sa réelle bonté, le don de soi, sa serviabilité égalaient sa simplicité.

Sa charité et sa bonté s'étendaient à tous : d'abord aux faibles et aux humbles, puis à ses familiers et à tous ses compatriotes et aussi aux collaborateurs de sa tâche quotidienne qui lui rendaient, en attachement et en reconnaissance, tout ce qu'il leur accordait de cordiale confiance et de bienveillance amicale.

Toutes les détresses, tous les découragement trouvaient refuge, aide et réconfort auprès de lui.

Il adorait sa famille : un petit-fils venait de naître qu'il n'a pas eu la joie de connaître.

Vous pleurez, chers enfants,un Père essetiellement bon et nous pleurons, nous aussi, un Ami.

L'amitié qui nous liait depuis si longtemps fait que le coeur parle et que je me sens impuissant à traduire davantage en longues phrases, mon cher Ami, ce que vous avez fait et les services que vous nous avez rendus.

Le coeur serré, si nous vous disons Adieu, nous vous disons aussi merci et partageons la douleur de vos chers enfants à qui nous présentons nos condoléances les plus attristées. Nous garderons un effectueux souvenir à celui qui fut notre Maire et également notre ami.

C'est avec une infinie tristesse que je vous adresse, au nom du Conseil Municipal, au nom de toute la population de Blangy-sur-Ternoise, au nom de tous vos amis et en mon nom personnel, le suprême et dernier Adieu.


Le discours de M. le Docteur CARRETTE

Mon cher LEMAITRE,
C'est un de tes camarades d'études de la Faculté, médecin comme toi, qui t'apporte un sincère et sympathique adieu en son nom personnel et au nom de notre Doyen honoré et respecté, le Docteur TESTU, au nom des Confrères de la région et out particulièrement au nom des membres de notre Syndicat de Montreuil-Hesdin-saint-Pol, dont tu as été l'un des fondateurs.

Je ne chercherai pour toi, mon cher Confrère, des paroles élogieuses. Je serai bref. Ton passé n'est-il pas devant nos yeux ?

Ta carrière, si longue, si belle, si méritante est connue de nous tous : pendant plus de cinquante ans, oui, pendant plus d'un demi-siècle, tu as consacré à tes concitoyens ton savoir, ton temps, ton activité, tes loisirs et même tes moments de repos, parcourant jour et nuit les villages et les hameaux pour apporter à ceux qui souffraient le remède et la consolation.

Et l'assistance émue, nombreuse - si nombreuse qu'on ne la vit jamais - qui se press autour de ta tombe est le témoignage manifeste de la reconnaissance unanime. Pour tes malades, pour leurs Parents, pour leurs amis, tu as été un bon Médecin.

Tes confrères t'ont vu à l'oeuvre ; ils ont apprécié la délicatesse de ta pratique médicale, ton labeur incessant, tondévouement de tous les jours pour tes malades, pour leur famille et pour tous ceux qui étaient dans la douleur et dans la peine.

Nous, les anciens, qui avons vécu si longtemps près de toi, qui avons mesuré la beauté de ta vie, qui avons apprécié ton inlassable bienveillance pour tous ceux qui t'approchaient, nous conserverons tout entier dans notre coeur le souvenir de ta bonté et de ton honnêteté professionnelle. Et les jeunes auront le devoir de considérer ton existence si bien remplie comme un modèle d'activité et de loyauté confraternelles. Et nous dirons ensemble que tu restes notre exemple.

Ce n'est pas tout, mon cher LEMAITRE. À ton immense mérite médical, tu as ajouté le rôle si généreux que tu as rempli au point de vue civique. Eh ! oui. Librement élu Maire de Blangy par tes concitoyens, tu as accepté avec la plus grande obligeance et le plus pur désintéressement d'ajouter à tes fatigues déjà si grandes, trop grandes même, cette charge nouvelle et importante.

Aimant tes administrés, aimé d'eux, tu n'as pas hésité à prodiguer pour eux, le peu de temps qui te restait, à donner ta santé, à te sacrifier pour le bien public.

Bon Médecin pour tes compatriotes, mon cher LEMAITRE, mon vieil Ami, bon Médecin pour tes confrères, tu as été, en outre, un bon concitoyen un bon Français et, dans ces temps laheureux, tu as bien travaillé pour ton Pays.

Tout à l'heure, à l'Église, devant ton cercueil recouvert de fleurs, les fleurs du courage, de la générosité et de l'abnégation, M. le Curé de Blangy, dans ses dernières paroles, a noblement résumé sa pensée en disant que tu as été un homme d'honneur.

Nous saluons en toi, mon cher Confrère, fièrement et respectueusement, le bon Médecin et l'homme d'Honneur. Adieu.


À présent, le Docteur LEMAITRE repose près de son épouse qu'il a rejointe et sous l'épitaphe que des mains pieuses ont fait graver sur sa tombe :

DIEU LUI AVAIT DONNÉ UN BON COEUR,
DROIT ET SINCÈRE
MÉDECIN DÉVOUÉ, IL SACRIFIA SA SANTÉ
ET SA VIE POUR SES MALADES.
SON SOUVENIR NE PÉRIRA POINT.


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