L'histoire à travers Sainte Berthe

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Sainte Berthe

Son passage dans l'histoire

Une "lumineuse" Sainte mérovingienne du VlIe siècle, vénérée encore au XXIe siècle.

La fondatrice d'une abbaye bénédictine, redevenue puissante du XIe au XVIIIe siècle.

Tableau de Sainte-Berthe

Les seules sources historiques écrites que nous ayons pour parler de Berthe et de son abbaye, sont "Les miracles de Sainte Berthe", composés de quatre ensembles, rédigés deux à cinq siècles après sa mort.

Statue de Sainte-Berthe

De la biographie de la sainte, rédigée tardivement, les éléments à retenir sont peu nombreux, puis que les documents authentiques ont été détruits par les Normands.

Native du "Thérouannais", cette Berthe fonda le monastère de Blangy, près d'Hesdin, dans la seconde moitié du VIIe siècle et finit par s'y retirer elle-même avec ses filles Gertrude et Déotila. Elle mourut au début du VIIIe siècle. Son corps fut transféré lors des incursions des Normands à la fin du IXe siècle, au monastère d'Erstein, non loin de Strasbourg.

L'Histoire nous permet de replacer Berthe dans son temps. Ses parents ont vécu pendant le règne du bon roi Dagobert (629-639), dernier réunificateur de l'empire franc, bien conseillé par Eloi, mort en 660. Son fils Clovis II(639-657), roi de Neustrie (partie nord du royaume franc) demande à Rigobert, père de Berthe, comte du Ponthieu, d'arrêter les envahisseurs venus du Nord dans la région de Blangy. Il lui donnera ces terres après sa victoire.

Chapelle Sainte-Emme

Berthe vit dans le diocèse de Thérouanne. Omer en est l'évêque jusqu'en 667 : on raconte que c'est lui qui a marié Berthe. Il est aidé par Bertin.

De nombreuses abbayes sont alors créées dans la région : Sithiu à Saint-Omer par Bertin, Saint Vaast à Arras ; par Aubert, Marconne par Austreberthe et sa mère ainsi que Saulve à Montreuil, Auchy les Moines par Silvin et Sicchède, Mont Saint Eloi, par Vindicien.

C'est aussi l'époque de Josse, ermite breton, installé sur la côte, Kilien, moine à Aubigny et Léger, évêque d'Autun, exécuté vers 677-679 à Sus-Saint-Léger par le maire du palais de Childeric II (roi dAustrasie, sud du royaume franc vers 653 à 675).

Au début du VIIIe siècle, alors que Berthe va mourir, les derniers rois mérovingiens, dits "fainéants" (Childeric III 711-754), sont en passe d'être remplacés par la dynastie carolingienne. Vers 690, Charles Martel, maire du palais de Clotaire IV (717-719), réunit sous sa direction Neustrie et Austrasie. En 742, naît de son petit-fils, le futur Charlemagne.

Relique de Sainte-Berthe

La légende donne à Berthe une généalogie prestigieuse et où abondent les saints

Tableau de Sainte-Berthe et de Sainte-Emme Châsse de Sainte-Berthe

L'archéologie enrichit peu ces données, car aucune fouille n'a été entreprise à Blangy et aucun cimetière mérovingien n'a encore été découvert dans son proche voisinage. Pourtant, en 1876, lors des travaux du chemin de fer qui coupent l'abbaye en deux, on a découvert des ossements, déversés dans le marais sans aucune observation. A Auxi seulement, pays de l'époux de Berthe, un cimetière a fourni une bouteille, datable du VIIe siècle. Et des prospections au lieu-dit "Le Temple", sur le hameau de Blingel, dépendant de Blangy, ont permis de cerner un petit "fanum" gallo-romain, au nord de la vallée, alors que sur les terrains au sud (commune de Rollancourt) ont été décelées plusieurs habitations datables du ler siècle avant J.C. jusqu'au IVe après. Près de la chapelle Sainte Emme, un gué, sans doute gallo-romain traversait la Ternoise. Donc Blangy est un centre religieux bien ancien !

Hospice Sainte-Berthe

Les ensembles 2 et 3 des "Miracles de Sainte Berthe" évoquent le retour des reliques et la restauration de l'abbaye. Un premier réveil se manifeste vers 996. Des écclésiastiques, en souvenir de la Sainte, vinrent se fixer à Blangy, sur la "Théna" (nom gaulois de l'actuelle Ternoise). Sainte Berthe est alors apparue à une femme de Blangy pour lui demander la restitution des biens du monastère qui avaient été saisis par Arnoul de Ternois. Hersende, que l'on croit être sa femme, a sans doute aidé à rendre les terres usurpées, et à rebâtir le couvent.

Le second souffle date des années 1030 : le premier comte de Saint-Pol, Roger, soumet l'abbaye de Blangy à celui de la Trinité de Fécamp. Le retour des ossements de la sainte et l'ostension de ces reliques rapatriées donne lieu à une cérémonie présidée par l'évêque Drogon (ou Druon 1030-1078) de Thérouanne. La reconstruction de l'église est faite par Roger, pour la rédemption de son âme, de celle de ses "prédécesseurs", de sa femme et de ses fils.

Dès le XIIe siècle, cette abbaye bénédictine puissante possédait 12 autels et une vingtaine de fiefs situés entre Blangy, Lisbourg, Pernes et Saint-Pol. Elle souffrit des guerres des XIVe, XVe, XVIe et début XVIIe siècles : Elle accueillit des blessés de la bataille d'Azincourt. Une instabilité dans la nomination des abbés s'établit entre la période espagnole et la période française (1639-1695). En 1700, l'abbé de Crest de Montigny siégea aux Etats d'Artois et devint député à la Cour en 1702 et 1703. Il donna son blason à l'abbaye de tout temps royale : "d'azur à trois fleurs de lys d'or posées deux et une". En 1754, l'inventaire de l'abbaye, appauvrie, signale les 350 volumes de la bibliothèque.

A la Révolution, Pierre Drain, 60ème et dernier abbé de l'abbaye de Blangy, voit celle-ci mise en vente et son église détruite. Les reliques sont malgré tout sauvées. Aujourd'hui, elles sont contenues dans la châsse datant de 1606 . Les reliques sont toujours vénérées lors de la neuvaine du 4 au 12 juillet. Lors de cette semaine, des ruraux du Ternois observent dans les champs d'avoine, un "B", sur les feuilles de la plante, signe pour eux de Berthe qui fut retrouvée morte dans un champ d'avoine. De nombreux pèlerins s'y pressent encore. On invoque Sainte Berthe, dont le prénom signifie peut-être "lumineuse", pour une vie familiale heureuse. Ce qui reste de la ferme du couvent abrite aujourd'hui l'institut Notre Dame de Vie, grâce à la générosité de la famille du Haÿs.

Bibliographie

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